Le cabeceo: en Suisse aussi?

Un autre débat qui mérite d’être lancé est celui du cabeceo. Le terme provient de l’espagnol « cabeza », qui signifie « tête ».

Certains et certaines reviennent en Europe après être passés par Buenos Aires, et regrettent que le cabeceo ne soit pas (davantage?) mis en pratique sur ce continent. Le cabeceo consiste donc à inviter du regard, sans paroles.

Dans certains cas, sans se lever de sa chaise. A Buenos Aires, il y a les milongas où le placer suit une règle très stricte et place les messieurs seuls d’un côté, les femmes seules de l’autre, et les couples encore ailleurs. Dans ces cas-là, difficile de se lever de sa chaise avant d’avoir assuré l’invitation par le regard. Mais il y a également les milongas plus relax, souvent plus jeunes, où il y a beaucoup de passage et l’homme peut donc naviguer entre les tables, dans l’espoir d’attraper un regard. C’est un peu plus facile…

Voici une ardente défense du cabeceo, ainsi qu’une marche à suivre pour devenir des experts de l’invitation au regard. Personnellement, j’aime le cabeceo, et je ne l’aime pas à la fois. Effectivement, il représente la tradition, il a un certain charme, il permet d’éviter une certaine lourdeur dans les invitations que font certains danseurs, et la femme peut ainsi délicatement éviter de danser avec lui.

Mais aussi, comme beaucoup de choses, à l’excès, il peut être négatif. Il peut rendre l’atmosphère un peu guindée. Il peut aussi être utilisé par certaines danseuses comme un outil pour être ultra sélectives dans leurs choix de danseurs.

Bien sûr, certains danseurs hommes sont également très voire trop sélectifs dans leurs choix, mais évidemment, j’y ai moins souvent été confronté! Du point de vue du danseur moyen que je suis, j’essaie toujours de me souvenir d’où je viens, et de danser avec les femmes qu’elles soient expérimentées ou non. Pour autant qu’elles aient du plaisir à danser. Après, c’est une question de feeling et de bon sens, que de ne pas revenir trop tôt pour une nouvelle invitation.

Il m’est très difficile, voire impossible, de savoir avant d’avoir invité, avant d’avoir dansé, si la danse va être un bon moment ou pas. Il peut être excellent avec une débutante, ou terrible avec une danseuse expérimentée. Ou le contraire. Ce n’est en tout cas pas forcément en observant la danseuse au préalable sur la piste que je m’en rends compte.

Je ne regarde donc pas les danseuses sur le parquet dans cette optique, et je ne danse pas avec l’idée qu’il y a un public qui observe et juge. Il est vrai qu’à Buenos Aires, je trouvais dommage qu’une personne avec qui je n’avais jamais dansé détourne le regard sans même donner une chance à la vérité de la danse, de la piste. Après, si le courant ne passe pas trop, je n’aurai pas forcément de nouveau envie d’attraper son regard, ou si je n’ai pas compris, elle échappera au mien et je comprendrai très bien.

Ce qui est différent en Suisse, et ce que j’aime à Lausanne, c’est qu’on développe des liens amicaux. Après, on peut danser avec tout autant de plaisir, voire plus, avec une partenaire parce que c’est une amie avec qui l’on a plaisir à partager ce moment, qu’avec une danseuse avec qui le courant passe parfaitement sur la piste, mais avec qui on n’aurait rien d’autre en commun. El tango es un baile social.

(Bien sûr, si on peut avoir les 2 à la fois… Tant mieux, mais attention à la marche!)

J’estime qu’une invitation dans ce contexte peut aussi se faire oralement mais légèrement, de manière informelle, sans insister et sans trop répéter l’opération. Et de la même manière, je ne vois pas de problème à ce qu’on me dise non avec le sourire. Evidemment, des fois je vais être déçu, mais ce n’est pas une question de perdre la face. Aucune raison de dramatiser… Bien sûr, après plusieurs refus d’affilée sur plusieurs soirées, on finit par comprendre et apprendre. Et si des mauvaises expériences de ce type se multiplient, je me dirai que mon abrazo est vraiment très inconfortable et douloureux pour la femme (Ernesto, Norma, à l’aide!) ou alors que je sens très mauvais et que je ferais mieux de changer de déodorant. Parce que sinon, je ne vois pas trop pourquoi on refuserait systématiquement de danser avec quelqu’un…

Je n’ai rien contre le cabeceo, s’il n’est pas inscrit dans une rigidité qui ferait que toute invitation orale serait regardée de travers. Comme je l’ai dit, cela ajoute un certain charme à la soirée. C’est un sacré sentiment de réussir à inviter son ou sa partenaire depuis l’autre bout de la salle, grâce à un simple cabeceo. Des fois, 2 hommes se lèvent, d’autres fois, 2 femmes… Ça fait des jolis quiprocos!

Ça me plairait même que le cabeceo soit plus répandu dans le monde des milongas suisses. Un regard, un sourire, plus forts que les mots! En effet, pour cela il faut que les danseurs et danseuses soient sensibilisés au fait qu’il existe la possibilité d’inviter ou se faire inviter sans paroles.

Qui sera le premier organisateur a proposer qu’une fois, sa milonga soit « cabeceo-friendly »? Un peu de pub, quelques affiches à l’entrée pour que tout le monde soit informé de la situation, quelques sourires, rien de bien compliqué! Je me réjouis d’avance et j’espère pouvoir y participer.

Toutefois, il me paraît important de ne pas chercher absolument à tout copier ce qui se fait à Buenos Aires, car là-bas, tout se fait, cela dépend seulement des milongas. J’espère qu’on pourrait arriver à une situation où les tangueros puissent avoir la possibilité et se sentir libres de soit inviter via cabeceo, soit inviter de manière plus traditionnelle, avec la parole.

~ par jononline sur 02/01/2009.

Une Réponse to “Le cabeceo: en Suisse aussi?”

  1. […] vous trouverez ici une apologie de la cortina, avec explication pour les non-initiés, et enfin, quelques éléments (positifs ou non) en rapport avec le cabeceo, l’invitation silencieuse, basée seulement sur le regard: j’espère qu’un jour […]

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